The Unsecret life of Samantha.C (Solo Show)

Elle ne savait pas. Jusqu’à trois semaines avant le vernissage.

1,49 milliard de profils Facebook actifs dans le monde. 350 millions de photos ajoutées chaque jour. 4,5 milliards de Likes distribués chaque jour.


Samantha.C est l’une d’entre eux. Son nom a été choisi au hasard.
Pendant un an et demi, j’ai accédé à une quantité importante d’informations de tout genre : statuts, publications, commentaires, photos, identifications, informations GPS, likes. Je résistais à l’envie de lui envoyer une demande d’ami — je tenais à ne travailler que sur ses données publiques, ce qu’elle avait choisi de dévoiler aux autres. J’avais tout de même accès à 333 photographies « prises par Samantha.C », réparties sur 34 mois.


Au fil des mois j’avais pourtant l’impression de bien la connaître : ses hobbies, ses amis intimes, les membres de sa famille, le nom de son chien, l’endroit où elle travaillait, le moment où elle a commencé à sortir avec son petit copain, celui où ils ont rompu, celui où elle a arrêté de fumer.
De cette observation est né un projet : plus de cent œuvres graphiques — dessins, collages, peintures, photographies rehaussées — et un livre se situant entre le catalogue d’exposition, le roman graphique et le livre d’artiste. J’avais fabriqué le portrait visuel subjectif d’une personne à partir de ses propres données publiques. Une nouvelle entité — physique, palpable — composée à partir des informations qu’elle avait elle-même choisi de partager.


Samantha.C a été prévenue trois semaines avant le vernissage que sa vie « non cachée » sur Facebook avait fait l’objet d’une exposition.
On a fait un Skype — notre première rencontre — filmé et visible tout au long de l’exposition. Je lui montrais ce que j’avais fait de ses données. Elle réagissait. On échangeait. (voir la vidéo : First Skype with Samantha)

Le jour du vernissage, elle était présente virtuellement pour saluer les gens qui venaient. On a créé ensemble un faux compte Facebook « Samantha.C », qu’on a alimenté toutes les deux. (profil : Samantha.c)

En 2018, on s’est rencontré pour la première fois en vrai. Elle était venue voir l’exposition à Neuchâtel. On a tissé un lien impossible — qui n’aurait jamais pu voir le jour en temps normal. On est toujours en contact.


Médium / date : Plus de cent œuvres graphiques, livre d’artiste (travail collaboratif entre cinq
intervenants), vidéo, performance participative.

Galerie A. Gorgi, Sidi Bou Saïd, 2015 —Sémaphore Gallery, Neuchâtel (Suisse), 2017

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