BIOGRAPHY

Crédit photo : Alma Riza

je ressens un devoir de mémoire

Je suis née en 1984, je suis une artiste pluridisciplinaire tunisienne et enseignante à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Sousse.
J’ai intégré une dizaine de résidences artistiques, et réalisé de nombreux projets personnels et participé à des expositions collectives en Tunisie, en France, au Maroc, aux Émirats arabes unis, au Sénégal, en Autriche, en Espagne, en Allemagne, en Suisse et en Italie. Actuellement je vis et travaille à Tunis.
Mon travail prend la forme d’installation, performance interactive, cahier d’artiste, marche, expérience en réalité virtuelle, céramique…

Le processus occupe une place importante dans mon travail, parfois même plus que le résultat. Les récits que je collecte, la documentation que j’accumule et que j’archive me permettent de fabriquer des fictions “ouvertes” à partir d’enquêtes réelles.
J’ai développé depuis 2010 une pratique hybride qui a pour sujet principal l’humain à travers ce qu’il consomme : nourriture, réseaux sociaux, politique, culture, tradition, identité… Je m’intéresse ainsi à la représentation du corps, tout en questionnant les limites qui séparent sa propriété d’unique face au multiple, de matriciel face au reproductible, du consommateur face au consommé. Je cherche à créer des mécanismes qui peuvent engendrer la confusion entre ce qui se donne à voir et ce qui peut s’y cacher, jouant sur les limites fragiles qui séparent ces deux territoires, souvent avec humour et autodérision surtout lorsqu’il s’agit de sujets sensibles comme la transition démocratique, la migration ou la disparition du patrimoine immatériel.
Depuis 2019, j’imagine, dans mon atelier-verger à Mornag, des maquettes, des installations immersives éphémères et des univers en réalité virtuelle qui ont pour principal sujet la communication et la connexion avec le non-humain, et plus spécifiquement avec les arbres. Persuadée, aujourd’hui et plus que jamais, que l’observation de la nature est fondamentale, et fascinée par l’intelligence d’organismes dépourvus de système nerveux tels que les plantes, les arbres et champignons. Je cherche dans le biomimétisme d’autres possibilités de vie pour les humains sur une terre bouleversée par les changements climatiques, la pollution et les décisions politiques à conséquences dramatiques sur le vivant. Je tente d’imaginer les étapes d’un possible processus de transformation ou de mutation qui serait en perpétuelle évolution. C’est en réalité ma propre place dans cet écosystème que je cherche à redéfinir.
Lors de ma dernière exposition personnelle “Les jardins de mon père” une attention particulière était accordée à la notion d‘héritage. J’avais imaginé un non-lieu, un espace hors du temps, qui est né de la rencontre de deux pratiques : celle d’un père biologiste et la mienne d’artiste. Des jardins rêvés, imaginés, traversés — où s’entremêlent personnages, espaces et temporalités.

Aujourd’hui, je ressens un devoir de mémoire : L’urgence de mieux faire connaître ce qui tend à disparaître en silence, surtout quand tout s’accélère : IA, changement climatique, disparition de savoirs faire ancestraux, néocolonisation, disparition de territoires, manipulation de l’attention…. car je suis persuadée qu’on protège mieux ce qu’on connaît, que ce qu’on ne connaît pas.

Parce qu’on ne peut pas lutter seul, et encore moins dans l’espace clos d’une galerie, je cherche d’une part à rendre l’expérience artistique plus accessible, par des médias tels que le livre illustré, la vidéo, l’installation immersive et interactive ou la performance participative, ou des éditions limités et dans des lieux plus ouverts et plus accessibles.
Mes collaborations scientifiques telles que celle avec l’Institut pasteur en 2016 et plus récemment avec la designer Myriam Meliani m’ont amené à explorer de nouveaux médiums et à manipuler autrement le vivant.