Dans ma tête pousse une forêt

Le papier retourne son arbre.

Depuis plusieurs années, je collecte lors de mes marches — en forêt, en oasis, en montagne,
dans les vergers — des éléments de la nature que je ramène avec moi. Des restes, des fleurs,
des branches, des graines. C’est le moteur : chercher à être émerveillé. Et à chaque marche, la
nature m’offre toujours une surprise.
À l’atelier, j’organise, je répertorie et j’assemble. Des personnages dessinés sur papier, découpés, deviennent tridimensionnels par le simple fait d’être détachés de la feuille. Je les mêle aux éléments naturels — fleurs pressées, branches, graines — pour créer des assemblages hybrides : mi-personnage, mi-végétal. Je couds, je colle, je tisse le lien possible que je cherche moi-même à créer entre faune et flore. Une quête quasi impossible d’harmonie.

Il est question d’habitat et d’échelle. Les personnages cherchent à retrouver un milieu naturel —
ou à en créer un nouveau. Une branche isolée peut devenir une maison. Notre regard change quand l’échelle change. Se greffer volontairement un élément végétal à son propre corps.
Retrouver une harmonie perdue. Trouver sa place dans la nature.

L’installation à la Galerie A.Gorgi était pensée comme un cabinet de curiosités — une grande
table de travail similaire à celle de mon atelier mais mise à la verticale. Des éléments bruts mêlés à des assemblages, à des tableaux encadrés avec fleurs séchées et personnages. Le tout comme sortant du mur, enveloppant le spectateur. Je cherchais à rendre le processus visible, et pas seulement le résultat. Car chaque élément de la nature, désormais détaché de son contexte d’origine et replacé dans cette forêt mentale, mérite d’être regardé de près.

Une partie de cette installation s’est retrouvée naturellement dans Les jardins de mon père —
comme quelque chose qui était déjà planté là, qui attendait.

Au Canada, lors de ma résidence à Montréal, j’ai emmené ces personnages découpés avec
moi. Je leur ai cherché un habitat dans les forêts visitées — et j’ai photographié leurs
retrouvailles avec la nature.
Le papier retourne son arbre.


Médium / date : Assemblages, sculptures papier, fleurs pressées, éléments naturels collectés,
tableaux encadrés.

Galerie A.Gorgi, Tunis, 2023.

Résidence Montréal, 2025.

Voir aussi : À portée de main — Quand les arbres murmurent — Marche au fil de l’eau, Montréal — Les jardins de mon père

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