Sousse · Paris · Genève · Pérouse
« Je suis mort en mer… je suis mort avec eux… et aujourd'hui je renais.»
( I died at sea… I died with them… and today I am reborn. )
Médiums : Installation · performance · participatif/Participatory · dessin/Drawing , marche/Walking · fresque/Mural
Thèmes : migration & frontières/Migration & Borders , politique & révolution/Politics & Revolution
Traversée est une série de performances participatives en trois actes, construite autour d'une seule question : comment faire embarquer physiquement le corps de l'autre dans une traversée qui prendrait la forme d'un rituel — non pas seulement pour raconter la mort, mais pour célébrer la renaissance ?
Le projet puise dans une interview d'un rescapé, entendue à la radio, où il termine son récit par ces mots : "Je suis mort en mer... je suis mort avec eux... et aujourd'hui je renais, aujourd'hui j'ai un jour, aujourd'hui je suis un nouveau-né."
ACTE I — Ch9af El 7orrigua (L'embarcation de la Méduse)
Fresque itinérante et participative — Sousse, Paris, Genève, Pérouse, 2018–2019
J'avais imaginé un dialogue de sourds entre deux œuvres : le Radeau de la Méduse de Géricault, au Louvre, et la mosaïque de Médusa au musée archéologique de Sousse.
La fresque a été réalisée le 3 juillet 2018 à Sousse, pour la première édition de résidence d’artistes “Utopies visuelles”, organisée par la Galerie Elbirou à Sousse. Le mur qui la porait était le mur d'un ancien bâtiment de la poste, au "b7ar ezzebla" — la mer des poubelles — un lieu populaire et contrasté qui donne sur la mer, on y trouve des familles qui y vont pour nager et vers la fin de journée des hommes assis par terre en train de boire de l’alcool en regardant le large en imaginant un avenir meilleur de l’autre côté de la méditerranée. Le mur donnait l'impression d'ouvrir un passage vers le large — l'endroit parfait pour déposer une embarcation prête à partir.
J'ai dessiné le bateau et ses passagers à la peinture noire, laissant à d'autres le soin d'y apporter la couleur. Ce moment de coloriage collectif évoquait pour moi le retour à nos rêves d'enfants — sans barrières, ni frontières. Comme s'il fallait se mettre à plusieurs pour pousser le bateau et le faire naviguer.
Moi, en tant que professeure avec un salaire mensuel, j'avais obtenu un visa. Je pouvais traverser la Méditerranée légalement, sans risquer ma vie. J'avais une dette envers mes passagers : les faire arriver à bon port. En septembre 2018, Ch9af El 7orrigua a franchi la frontière — en version transportable, sur du carton d'emballage, chargé de tous ses voyageurs. Paris d'abord, puis Genève, puis l'Italie. À chaque étape, un des passagers descendait de l'embarcation et s'installait dans le pays d'accueil. L'embarcation poursuivait sa traversée.
Produite par Elbirou Gallery / Viv'Art Tunis / Galerie Sémaphore / Open Art Week
ACTE II — Blue Iftar : 7ar9a ou Chaouia (Le dîner bleu : Brûlure et Barbecue)
Performance immersive et participative — Tunis, 2 juin 2019
Le 2 juin 2019 — un an exactement après le naufrage. Une marche surprise, payante, à travers les rues de Tunis, mobilisant plus de cent personnes. Elle commençait une heure et demie avant la rupture du jeûne.
À l'achat du billet on donnait au participant : un formulaire de visa détourné, un kit de survie, un bracelet coloré et deux coupons. Des groupes de vingt étaient formés, guidés par des "passeurs" devenus guides, pour une marche à travers six lieux dans Tunis — ponctuée de nourriture, danse, musique, théâtre et slam.
Ce que les participants ne savaient pas : cette marche était en réalité le récit détaillé d'une traversée de migrants à travers la Méditerranée avortée il y’a tout juste un an. Les corps affamés par le jeûne traversaient la ville, semblable à la situation qu’avaient vécu les migrants un an auparavant. La performance s'achevait par un banquet à la fois convivial et troublant, suivi de la lecture d'un conte en version Slam retraçant la traversée mortelle du 2 juin.
Blue Iftar célèbre la renaissance et la seconde chance des rescapés — tout en essayant de faire ressentir physiquement le poids de la vraie traversée.
Pour produire Blue Iftar, nous avons sollicité plusieurs soutiens, dont l'Ambassade d'Italie, qui a refusé de financer la performance…
Performance réalisée en collaboration avec Hamdi Mejdoub (poète) et Bahri Ben Yahmed (chorégraphe). En Partenariat avec l’association Mobdiun creative youth et Maison de l’image. Produite par Central Tunis
ACTE III — Crossing
Performance immersive et participative — Open Art Week, Tangram, Pérouse (Italie), 2019
À Pérouse, les rôles s'inversent.
Crossing fait vivre à des Italiens l'expérience d'un voyageur clandestin — questionnant ce que signifie devenir harrag lorsque le visa ou même le passeport sont refusés.
Présentée comme une fausse visite guidée à travers la ville, la performance transformait les guides en passeurs et la marche en acte symbolique de passage. Pour y participer, le public devait payer 1 euro et remplir un formulaire de visa Schengen— étape absurde pour eux qui n’ont probablement jamais vu ce document de leur vie.
Le parcours suivait six lieux emblématiques de Pérouse, où se mêlaient récit, fiction et nourriture. Durant la visite guidée de la ville, les guides racontent le rêve d'un groupe de voyageurs — mi-humains, mi-dieux — qui cherchaient à migrer vers un pays voisin, et les péripéties qu’ils avaient rencontré. La marche se terminait au sous-sol de la galerie Tangram, où je les attendais avec une soupe au poisson — spécialité de Kerkennah — et le dévoilement de la fresque de l'Embarcation de la Méduse. Les participants étaient alors invités à embarquer dans le rêve d'enfant.
Texte des guides écrit par l’artiste et écrivain Samir Makhlouf.
Performance produite par Open Art Week Perugia
Médium / dates : Fresque participative, performances immersives itinérantes.
Sousse — Paris — Genève — Pérouse, 2018–2019.
Produit par Elbirou Gallery / Viv'Art Tunis / Galerie Sémaphore / Open Art Week / Central Tunis.
→ See also : Spaghetti pescatore al nero di sepia - Surreal Flag - Karama Survival Kit