Restes en orbite / Remnants in Orbit —   2016   

Kulturlabor residency closing event Kulturlabor - Goethe Institut  x Institut Pasteur de Tunisie -  L’Art Rue

“Dis-moi ce que tu jettes, je te dirai qui tu es. ”
( Tell me what you throw away, and I'll tell you who you are .)


Médiums :   photographie/Photography ,   enquête de terrain/Field Investigation
Thèmes :   nourriture/Food


Je travaillais déjà depuis plusieurs années sur la manière d’utiliser l’aliment, non pas comme un simple sujet de représentation, mais comme un matériau à part entière. C’est donc presque naturellement, et surtout au regard de la situation actuelle du pays, que je me suis tournée vers les restes et les déchets alimentaires.
Je suis partie de l’idée que l’identité et la nourriture sont intimement liées. Si l’on peut dire « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es », alors peut dire aussi : « Dis-moi ce que tu jettes, je te dirai qui tu es. Comment déplacer l’aliment de son contexte d’origine, le transformer en matériau de recherche et de réflexion, tout en conservant sa charge symbolique et sociale ?
Dans le sillage de l’« éprouvette gastronomique » de Brillat-Savarin, j’ai exploré le contenu de ces poubelles en transformation. Non pas en décomposition, mais plutôt en recomposition. À travers l’action des micro-organismes, les aliments deviennent un terrain d’activité invisible qui fait naître une seconde vie.

Lors de ma résidence à l’Institut Pasteur de Tunisie, j’ai travaillé avec des spécialistes afin de comprendre les mécanismes de dégradation des aliments et d’en observer les manifestations microscopiques. J’ai alors réalisé une série de photographies montrant cette vie discrète qui apparaît lorsque les aliments quittent nos réfrigérateurs, nos garde-manger et nos assiettes.
Restes de petit déjeuner, ricotta, aubergine, pain, fromage, yaourt, œuf… Sous certains angles, je trouvais que ces images évoquent des planètes dans un système solaire. Cette analogie me fascinait : renvoyer le très petit au très grand, jouer avec la continuité des échelles, imaginer que l’infiniment petit puisse contenir l’image de l’infiniment grand. 


  Cette recherche prolonge une expérimentation plus ancienne menée en 2010, dans ma chambre, et d’une manière un peu sauvage, autour du processus de moisissure. J’avais alors placé sous cloche les composants d’une tarte au citron, à l’époque mon dessert préféré, et observé leur transformation pendant plusieurs semaines. En découvrant ces reliefs, ces filaments et ces formes inattendues, j’avais l’impression d’explorer un territoire inconnu. Un paysage riche, une île pas encore découverte. Un espace propice à la fiction, à la projection et à la rêverie.



→ See also : Karama survival Kit  -  Surreal Flag


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