The unsecret life of Samantha.C    —   2015
Solo show . Galerie A. Gorgi, Sidi Bou Saïd · Maison de Tunisie. Paris. Sémaphore, Neuchâtel

«  Elle ne savait pas. Jusqu'à trois semaines avant le vernissage. » 
(She didn't know. Until three weeks before the opening. )


Médiums :   dessin/Drawing ,   livre d'artiste/Artist Book , vidéo & VR/Video & VR
Thèmes : image & manipulation/Image & Manipulation , corps/Body


Crédit photo : Mohamed Arbi Souelheia

En 2014, 1,49 milliard de profils Facebook actifs dans le monde. 350 millions de photos sont ajoutées chaque jour. 4,5 milliards de Likes distribués chaque jour.
Samantha.C est l'une d'entre eux. Son nom a été choisi au hasard.

Pendant un an et demi, j'ai accédé à une quantité importante d'informations de tout genre : statuts, publications, commentaires, photos, identifications, informations GPS, likes. Je résistais à l'envie de lui envoyer une demande d'ami — je tenais à ne travailler que sur ses données publiques, ce qu'elle avait choisi de dévoiler aux autres, et ce qu’elle gardait pour elle de privé et que je ne pouvais pas voir. J'avais tout de même accès à 333 photographies "prises par Samantha.C", réparties sur 34 mois.
Au fil des mois j’avais l’impression de tout savoir d’elle, de sa vie. Je connaissais désormais  ses hobbies, ses amis intimes, les membres de sa famille, le nom de son chien, l'endroit où elle travaillait, le moment où elle a commencé à sortir avec son petit copain, celui où ils ont rompu, celui où elle a arrêté de fumer…


De cette observation est né un projet artistique : plus de cent œuvres graphiques — dessins, collages, peintures, photographies rehaussées — et un livre se situant entre le catalogue d'exposition et le roman graphique réalisé en collaboration avec le designer graphique Moez Akkari, la chercheuse Anne Marie Butler et les deux artistes Aicha Filali et Slimen El Kamel. J'avais fabriqué le portrait visuel subjectif d'une personne à partir de ses propres données publiques. Une nouvelle entité — physique, palpable — composée à partir des informations qu'elle avait elle-même choisi de partager.

Samantha.C a été prévenue trois semaines avant le vernissage que sa vie "non cachée" sur Facebook allait faire l'objet de ma première exposition personnelle.


Après la peur, le doute  et la méfiance, j’ai pu obtenir son autorisation de faire un premier Skype avec elle et de le filmer, dans l’idée de l’exposer comme une œuvre à part entière dans l’exposition. Je lui ai montré ce que j'avais fait de ses données, et elle elle réagissait tout en échangeant avec elle sur nos vies respectives. C’était un moment hors du temps et de l’espace. Une rencontre improbable. Le jour du vernissage, elle était présente virtuellement pour saluer les gens qui venaient. Puis on a créé ensemble un faux compte Facebook "Samantha.C", qu'on a alimenté toutes les deux.  


En 2018, on s'est rencontré pour la première fois en vrai. Elle était venue voir l'exposition à Neuchâtel où était exposée quelques pièces de cette exposition. On a tissé un lien impossible — qui n'aurait jamais pu voir le jour en temps normal. Et jusqu’à aujourd’hui on est toujours en contact.


Médium / date : Plus de cent œuvres graphiques, livre (En collaboration avec les artistes Aicha Filali et  Slimen El Kamel.La chercheuse Anne Marie Butler. Le designer graphique Moez Akkari), vidéo (traduction en instantanée : Selima Lejri / filmé et monté par le réalisateur Selim Gribaa, Produit par Vintage Production).Exposé à la Galerie A. Gorgi, Sidi Bou Saïd, 2015 — Maison de Tunisie, Paris  (France), 2016 — Sémaphore Gallery, Neuchâtel (Suisse), 2017.



→ See also :  El Khadhra Projet  — Family Album Les jardins de mon père


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