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Shift Project · Central Tunis · Francophonie Summit · Djerba
« I was dead. Let me be born again. I want to go out to see the people. — Saïda Drayii »
Saïda Drayii, dite Saïda El Khadra. Danseuse emblématique de Tunis, figure majeure des spectacles populaires tunisiens. Une star depuis son apparition dans la Nouba de Fadhel Jeziri dans les années 1990. Puis le silence, des années de précarité, l'effacement…
J'ai recueilli ses mots. Elle m'a laissé les dessiner.
PHASE I — Le roman graphique (2019)
La première fois que j'ai rencontré Saïda El Khadra, c'était le 20 juin 2019. Je me suis assise devant elle et je lui ai demandé de me raconter sa vie. C'est là que tout a commencé — une porte s'est ouverte, et un monument s'est révélé à moi, immense, énorme, beau, complexe, mais aujourd'hui en piteux état. L'architecture s'effritait, se dégradait par la dureté de la vie et la situation très précaire de certains artistes qu'on a oubliés.
Un monument renfermant une partie de notre patrimoine immatériel, de notre mémoire collective, est en train de disparaître sous nos yeux.
Le projet El Khadra est né dans le cadre de Shift — un collectif qui lutte contre le manque de visibilité et de reconnaissance dont souffrent les femmes dans de nombreux secteurs en Tunisie. Cinq histoires atypiques de femmes, racontées par cinq artistes femmes.
J'ai réalisé un roman graphique de 34 pages retraçant la vie de Saïda : la ferveur, les luttes pour faire reconnaître la danse populaire bédoui comme un art légitime, la gloire, puis la précarité et l'effacement. Le texte, ce sont ses propres mots.
PHASE II — “Lella Saiida”(2022)
Sommet de la Francophonie, Djerba
Un Houch devenu ZéouiaOn ne peut pas parler de Saïda sans la voir danser devant nous. Elle ne fait pas que danser — elle se connecte au sol, à la terre, aux éléments pour nous rappeler qui on est. On peut écrire un livre sur son histoire, l'enregistrer, la filmer. La voir danser à proximité reste un moment privilégié entre l'artiste et son public. C'est à ce moment-là que son œuvre se révèle dans son intégralité.
C'est ce que j'ai voulu préserver dans l'installation.
Dans une maison typique djerbienne, on entre dans l’une des chambres dédiée à Lella Saiida. Des posters de Saïda que j'ai dessinés — la figure publique, la star.
À gauche, une vidéo intitulée “Saiida Forever” en boucle projetée sur le mur : des lignes blanches qui bougent dans le noir, parfois abstraites parfois figuratives, reconstituant la première apparition de Saïda à la télévision tunisienne dans la Nouba de Fadhel Jeziri. On entend sa voix réelle qui raconte son histoire.
À droite, une chambre voilée par un tissu — comme pour rentrer dans une zaouïa. L'espace est intime. Des photos d'archive de Saïda sont accrochées au mur, mêlées à des extraits d'illustrations que j’ai réalisées . Et sur une table, son hologramme en miniature qui danse en boucle sur une musique bédoui. “Saiida’s Dream”, est conçue comme une boîte à musique avec la danseuse qui tourne sur elle même sur de la musique Bedoui. Le rêve de la saiida enfant qui dansait sur le lit de sa mère et qui rêvait secrètement de devenir un jour une star de la danse folklorique. Autour d'elle, dessinés sur plexiglas transparent : les fantômes de ceux qui ont compté dans sa vie. Ils sont là pour elle, ils reflètent son image.
Médium/ Date : Roman graphique 34 pages (dessin et scénario : Hela Lamine / texte : voix de Saïda Drayii / direction artistique : Sara Bouzgarrou). Performance. Installation hologramme, vidéo, dessin sur plexiglas. 2019 — Résidence, roman graphique et performance, projet Shift, Résitution à Central Tunis.
2022 — installation hologramme et vidéo, Sommet de la Francophonie, Djerba.
→See also : Traversée - Et si demain la Mloukia venait à disparaître?