
C’est tout le corps qui dessine.
Un personnage féminin a développé ce qu’on appelle un état de stress écologique poussé.
Chaque geste du quotidien — sa manière de consommer, de se déplacer, d’exister — est devenu une angoisse. La seule solution qu’elle trouve pour continuer à vivre : se transformer en arbre. Elle va dans la forêt, marche longtemps, s’allonge. Elle n’a aucune idée de comment ça marche. Elle ferme les yeux et commence à respirer, écouter, sentir de l’intérieur la transformation se faire en elle.
Still Life traite de cette transformation — l’adaptation comme seul moyen de subsister.
L’expérience est dessinée ligne à ligne dans un casque de réalité virtuelle — non pas sur ordinateur, mais dans l’espace. Sur scène, devant le public, un pinceau de lumière à la main : c’est tout le corps qui dessine.
À l’intérieur, une biosphère : plusieurs écosystèmes superposés, peuplés de personnages, figures, animaux, êtres hybrides de toutes tailles. Un dense réseau de dépendances — certains s’imbriquent comme un hôte qui héberge un parasite, partenaire nécessaire à son cycle de vie.
On y voit des rituels chamaniques, un déjeuner entre Manet et Lars von Trier, une transfusion sanguine entre un cerf et une fleur. Je me surprends à écouter des pensées qui me semblent étrangères, et à avoir de l’empathie pour une fourmi coincée sous un rocher de l’autre bout de la forêt.
La déambulation traverse plusieurs niveaux pour arriver finalement à une zaouïa — un espace de retraite soufie — où se célèbre la cérémonie de transformation.


Still Life a changé mon rapport au dessin. Après 2020, je n’arrivais plus à dessiner en 2D — je voyais les choses en 3D, comme à l’intérieur du casque. Pendant tout le processus de création, je n’ai cessé de faire des va-et-vient entre le réel et le virtuel : des dessins que je faisais dans le réel, je les faisais entrer dans le virtuel, et inversement.
La première version était très intuitive. Durant le confinement, j’ai cherché à comprendre ce que j’avais dessiné et pourquoi. J’ai fait des recherches sur la communication des arbres, sur les fourmis, sur le cosmos, sur la physique quantique — sur l’infiniment petit directement lié à l’infiniment grand. Cette question d’échelle, on la retrouve partout dans Still Life.
De là sont nés, un à un, tous les projets sur le vivant qui ont suivi : Quand les arbres murmurent (2020) — des boîtes en plexiglas reconstituant en papier découpé ce qui avait été dessiné dans l’espace. Cahier d’automne ou lettre d’amour à un arbre (2021) — des doubles feuilles superposées en 3 à 6 couches pour suggérer le mouvement lent, le temps. Color Wheel (2021) — 7 aquarelles, une par chakra. Dans ma tête pousse une forêt (2023). Et les Jardins de mon
père (2025) — où j’ai retrouvé Still Life déjà planté.
L’univers est toujours en expansion. Still Life reste un projet ouvert. Une application est en cours de production.
« Still Life invites you to immerse yourself in an imagined world and build empathy. You truly get to look at this beautifully curated world from all angles and take on new perspectives. » — Louisa Mammeri, Network Organizer for North Africa and West Asia
Formats Performance de dessin VR en direct avec public — environ 20 minutes, accompagnée d’une création sonore. Vues 360° visionnables au casque. Vidéos projetables en mapping.
Aquarelles et maquettes en papier.
Diffusion 104 Paris — Gabès Cinéma Fen — Institut Français de Tunisie, Tunis. 2020–2022.
Production Intage Production.
Voir aussi : Quand les arbres murmurent https://helalamine.com/2020/07/29/quand-les-arbres-murmurent/
// 360° views accessible with VR headsets
Finalist of the Rambourg Prize for Contemporary Art
2021





















