Research Residency - Cheneni Gabes - in collaboration with Per Hüttner, Karine Bonneval and Soufia Ben Saïd , Oasis Gabes Cheneni
"Boire la sève d'un arbre, c'est peut-être la façon la plus intime qui soit d'entrer en conversation avec lui."
( Drinking the sap of a tree is perhaps the most intimate way to enter into conversation with it)
Médiums : performance , enquête de terrain/Field Investigation ,
Thèmes : nourriture/Food, transmission & héritage/Transmission & Heritage, vivant/Living Matter · mémoire & disparition/Memory & Disappearance
Ce projet est une nouvelle étape d’une recherche initiée par Per Hüttner et Karine Bonneval deux ans auparavant. C’est à mon invitation que nous nous sommes retrouvés tous ensemble en Tunisie, à Gabès, autour du palmier dattier et de la consommation traditionnelle de sa sève fraîche, le legmi.
Au départ de cette résidence, nous cherchions à relier métaphoriquement trois arbres issus des trois continents qui nous représentaient. Nous cherchions aussi à nous lier physiquement à ces spécimens. Quoi de mieux, alors, que de boire la sève qui les traverse, et d’essayer d’imaginer un fluide nous traversant à notre tour ? Nous avons pensé au bouleau, à l’érable et au palmier dattier.
Le legmi, en Tunisie, ne peut être recueilli que dans certaines conditions. Contrairement à la sève de bouleau ou d’érable, il ne peut pas être conservé tel quel, car il fermente très rapidement. Son extraction elle-même suit un savoir-faire ancestral, appris et transmis de génération en génération ; sans cela, elle risquerait de tuer le palmier.
C’est ce savoir-faire ancestral, fragile et précieux, que ce projet cherche à écouter et à documenter.
Pour essayer d’écouter la sève du palmier, nous l’avons équipé du « pépipiaf » — un outil de mesure des variations de dilatation de la branche — déjà utilisé par Per et Christine dans d’autres projets. Les premiers tests réalisés dans mon jardin-atelier, sur des palmiers d’ornement, furent concluants.
L’oasis de Chenini est l’une des seules oasis maritimes du bassin méditerranéen. Aujourd’hui, déjà touchée par la raréfaction de l’eau douce, la pollution industrielle et la salinisation progressive des sols. Nous avons rencontré des cultivateurs, des membres d’associations de protection de l’oasis et des semenciers de graines paysannes.
Avec Soufia Ben Saiid, nous avons expérimenté « la constellation archétypale » : jouer des rôles avec d’autres personnes rencontrées sur place, de chacun des éléments qui composent une oasis — l’eau souterraine, le palmier, la sève, la terre, le vent, les racines, l’eau d’irrigation… — afin de visiter les traumas transgénérationnels de l’oasis, les écouter, prendre conscience de ce qu’ils ont traversé. Une manière de nous ancrer davantage dans l’oasis et de mieux comprendre le palmier dattier.
→ See also : Dans ma tête pousse une forêt - A portée de main - Et si la Mloukheia venait à disparaître?