Traversée

« Traversée » : projet d’actions itinérantes et participatives, toujours en cours, et qui a été pensé en un premier temps lors de la résidence d’artiste UV: Utopies Visuelles (avec la Galerie Elbirou, aide à la production « Tfanen ») au cours du mois de juin-juillet 2018 à Sousse.

Le point de départ était le drame national qui a secoué la Tunisie au début de l’été dernier, à savoir : Le naufrage de l’embarcation de fortune qui transportait plus de 180 personnes dans la nuit du 2 juin 2018, sortie de Kerkennah (Sfax) pour rejoindre l’Italie,  et qui a fait au final, plus d’une centaine entre morts et disparus, dont nourrissons, enfants et adolescents, de diverses nationalités.

 

Diverses interviews avec les rescapés ont été alors enregistrées, et diffusées massivement dans les médias, narrant dans les moindres détails ce périple qui devient malheureusement de plus en plus fréquent. Rien qu’en 2017, 9329 Tunisiens et Tunisiennes auraient tenté de « brûler » en empruntant ce type d’embarcation.

 

Le projet « traversée » puise en profondeur dans l’une de ces interviews en particulier : une interview très touchante entendue sur Mosaïque FM, où le rescapé termine son récit par « je suis mort en mer… je suis mort avec eux… et aujourd’hui je renais de nouveau, aujourd’hui j’ai un jour, aujourd’hui je suis un nouveau-né… ».

 

Le projet « Traversée » questionne les notions de la migration et de l’immigration, légale et illégale : « El harga » (la brûlure : migration clandestine) et le « Harrag » (le bruleur : migrant), « celui qui brûle » ses papiers, et les frontières, qui n’hésite pas à risquer sa vie pour passer de l’autre côté de la méditerranée. Une traversée, un déplacement en groupe lors duquel la place et le rôle de l’individu, embarqué dans ce flux, se trouvent mis à l’épreuve du doute, de l’improvisation et de la survie.

 

Il était très important que le projet « Traversée », implique physiquement le corps de l’autre (celui du public), de le faire embarquer dans une traversée, qui prendrait par sa forme des allures de rituel, ou cérémonie festive et conviviale pour célébrer ensemble une renaissance.

La première action intitulée « ch9af El 7orrigua » (embarcation de la méduse), fresque itinérante et participative, qui a entamé sa traversée, bien que bien fixée au mur, le 3 juillet 2018 de la ville de Sousse (à 150 km de Tunis et à 140 km de Kerkennah (Sfax)) et où j’invite le public à embarquer dans un radeau à l’image de celui de la méduse de Géricault, par l’action du coloriage.

« Ch9af el 7orrigua » a réussi, quant à lui, à passer la frontière le 9 septembre de la même année, cette fois-ci en version transportable (sur du carton d’emballage) et chargé de tous ses voyageurs. Une fois de l’autre côté de la méditerranée, sa première destination était Paris, l’occasion pour Médusa de rencontrer enfin Géricault et son radeau. La fresque est alors fixée pour quelques jours, le temps d’une escale, sur le mur de la cour d’IESA au 11 ème, où les habitants du quartier étaient invités à y déposer un petit coup de pinceau, et accueillir par là même un des voyageurs « clandestins » chez eux.

Depuis le 16 septembre 2018, le reste de l’embarcation continue à poursuivre sa tournée à travers les villes de l’Europe.

 

*****************

Action 1: Fresque itinérante et participative:

« Ch9af el 7orrigua » (l’embarcation de la méduse), Sousse, Paris, Genève, 2018.

 

Text: « THE RAFT OF THE MEDUSA BY HELA LAMINE: NEW MURAL PAYS TRIBUTE TO THE KERKENNAH MIGRANTS WE LOST LAST JUNE » by Rania Saïd

36684880_1931009833632895_5956229765277941760_n
THE TEAM BEHIND THE MURAL: AMIR CHELLY (SCULPTOR), MOHAMMED ALI BALI (PHOTOGRAPHER), NESRINE DOUZI (THEATER AND VISUAL ARTS), HELA LAMINE, KARIM SGHAIER (ELBIROU MANAGER), SALMA KHFIFI (PHOTOGRAPHER), AND MARIAM KARROUT (VIDEOGRAPHER). PHOTO BY AYMEN TOURABI

Hela Lamine’s contribution to Utopies Visuelles consisted of a mural entitled, “Shqaff al-Hurriga.” The mural can be seen on the sea-facing wall of the Comptoir National de Plastique (CNP) in Bhar al-Zibla (literally, the sea of garbage).

Bhar al-Zibla was originally called Borj Khadija. The area acquired its new name after parts of the neighborhood became a municipal landfill and (allegedly) a dumping ground for the National Sanitation Utility (ONAS). The Sousse municipality organized multiple cleaning campaigns in the area in recent years, but the neighborhood continues to have an insalubrious reputation.

Not far from the CNP building is a sales depot for alcoholic beverages frequented by the city’s poorer residents. The ill-kept houses in the neighborhood stand in stark contrast to the luxurious hotels a few hundred meters away. For Hela Lamine, no neighborhood could have been better suited to host the mural than Bhar al-Zibla. She tells me, “le lieu est pile-poil ce qu’il me fallait.”

36742206_1931009676966244_7146472611541680128_n
A DETAIL FROM “SHQAFF AL-HURRIGA.” PHOTO BY AYMEN TOURABI.

Shqaff al-Hurriga” is a tribute to the 150 lives lost in the undocumented migrant trip in Kerkennah this past June. Lamine’s mural is essentially a re-imagining of Géricault’s “The Raft of the Medusa” (1818-1819), exactly two hundred years later.

Just like in Kerkannah, the victims of the Medusa shipwreck were also 150 people.

Just like in Kerkannah, the victims were the poorest of the ship, the ones that the French captain chose to abandon in order to save the dignitaries and the politicians.

However, unlike the Kerkannah victims who were headed to the southern coasts of Europe, the French Medusa was headed to the western coasts of Africa to reclaim Sénegal from the British and to appoint a French governor on African soil. Two opposite routes. One long entangled history.

36822052_1935873386479873_4145914785319354368_n
“SHQAFF AL-HURRIGA.” PHOTO BY HELA LAMINE

Lamine kept all the dimensions of the original painting, but radically changed the aesthetic. Unlike Géricault’s dark and dramatic rendition of the shipwreck, Lamine’s  “Shqaff al-Hurriga” is a cartoonish re-interpretation of the tragedy. Perhaps a nod to the childhood dreams that sunk with the 150 lives we lost. Upon a closer look, however, the cartoonish pastel figures of the raft appear to be ghosts with hollowed eyes. Their bodies are malleable like jellyfish (hurriga). They melt into the background and disappear into the sea, replicating the fate of the harraga (undocumented migrants).

The choice of the simple line can also be an abstraction and a generalization of the fate of the migrants. As Scott McCloud tells us,

Perhaps, “we are all on the Raft of the Medusa,” as one contemporary of Géricault said about the painting.

800px-JEAN_LOUIS_THÉODORE_GÉRICAULT_-_La_Balsa_de_la_Medusa_(Museo_del_Louvre,_1818-19)

Lamine did not keep the rescuing ship that we see in Géricault’s work, but she did keep the iconic flag-waving figure of the original painting. The flag, a plea for recognition and a threadbare symbol of hope beckons the passers-by, the drinkers, the swimmers, and the alt-tourists to stop, contemplate, and remember.

The artist also says that she seeks to establish an “impossible dialogue between Géricault and the famous Medusa mosaics in the nearby Sousse Archeological Museum.” The Medusa with its petrifying gaze is _according to Herodotus_ a Libyan monster. Representations of her face in Roman Sousse were meant to prevent evil from entering one’s home. However, as the contentious history of the Mediterranean has shown us, this evil is impossible to prevent. All we can do is re-work and perfect our (shared) mythologies.

Shqaff al-Hurriga is an itinerant and participatory project. Three more versions of the mural will be painted in the next two months in Hammamet, Paris, and Geneva. More reproductions will be scheduled soon. With each new copy of the copy, Lamine wants to exhaust the meaning of the original painting. Each time also, new participants will help the artist color the mural. Locals, visitors, and passers-by will all be invited to take part in Shqaff al-Hurriga ‘s journey around the world.

800px-Sousse_mosaic_Gorgon_03
Medusa Mosaic (Second half of second century)-Sousse Archaeological Museum. Photo from WikiCommons

*****

Sortie de « Ch9af el 7orrigua » de SOUSSE *

*Bhar ezzebla, 3 juillet 2018. Aide à la production : Galerie Elbirou.

p2IMG_8723p4

 

Crédit photo : Aymen Tourabi 

36822052_1935873386479873_4145914785319354368_n.jpg

******

Entrée de « Ch9af el 7orrigua » dans l’espace Schengen*

*IESA Paris, 11 septembre 2018.

20180909_181905.jpg

crédit photo Maher Bjaoui (4)crédit photo Maher Bjaoui (9)41598561_2038524932881384_523012435515277312_n.jpg

******

Deuxième escale de « Ch9af el 7orrigua » en Suisse*

*Villa Dutoit, Genève, 20 septembre 2018.

20180920_19250520180920_19352820180920_194832

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s